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Sans itsme ou MyGov.be, le citoyen belge existe-t-il encore numériquement ?

Sans itsme ou MyGov.be, de nombreux Belges se retrouvent bloqués face aux services publics et bancaires. Un parcours numérique parfois impossible sans lecteur de carte.

Sans itsme ou MyGov.be, le citoyen belge existe-t-il encore numériquement ?

La Belgique avance rapidement vers une administration presque entièrement numérique. Consulter son dossier fiscal, recevoir un document officiel, accéder à sa mutuelle, vérifier sa pension ou gérer son compte bancaire peut désormais se faire depuis un ordinateur ou un smartphone.

Sur le papier, cette évolution simplifie la vie du citoyen. Dans la réalité, elle peut aussi créer une situation particulièrement absurde : lorsqu’une personne ne possède plus aucune identité numérique active, il devient extrêmement difficile de revenir dans le système.

Un citoyen avec une carte d’identité, mais sans identité numérique

Prenons un cas concret. Un citoyen belge perd sa carte d’identité et reste pendant un certain temps sans document valide. Il ne possède pas de compte itsme actif, n’a jamais installé MyGov.be et ne peut plus accéder à l’application de sa banque.

Après avoir accompli les démarches nécessaires, il récupère enfin une nouvelle carte d’identité électronique. Il possède également un smartphone récent et un compte auprès d’une banque belge. En théorie, tout devrait donc rentrer dans l’ordre rapidement.

Pourtant, au moment d’activer itsme, le parcours se bloque.

L’application lui propose de confirmer son identité auprès de sa banque. Mais l’application bancaire n’est pas encore activée. Pour l’activer, la banque demande une identification avec itsme ou l’utilisation d’un lecteur de carte bancaire.

Le citoyen se tourne alors vers MyGov.be, présenté comme la nouvelle clé numérique officielle permettant d’accéder aux services publics. Mais pour activer MyGov.be, il faut disposer d’un compte itsme déjà actif ou utiliser sa carte d’identité électronique avec un ordinateur et un lecteur de carte.

Le cercle est bouclé.

Plusieurs clés numériques qui ouvrent la même porte

La Belgique propose aujourd’hui plusieurs moyens d’identification numérique. itsme est probablement le plus connu. MyGov.be peut également servir de clé pour se connecter aux services publics. La carte d’identité électronique reste utilisable avec son code PIN et un lecteur de carte. D’autres clés CSAM peuvent aussi être activées dans certaines situations.

Cette diversité donne l’impression que le citoyen dispose toujours d’une solution de remplacement. Pourtant, lors de la première activation, plusieurs de ces systèmes reposent sur les mêmes prérequis.

Pour activer itsme avec une carte d’identité, il faut encore un ordinateur et un lecteur eID. Une activation via une banque partenaire est également possible, mais elle suppose généralement que l’accès bancaire numérique soit déjà opérationnel ou que la personne possède un lecteur de carte bancaire.

MyGov.be constitue une véritable alternative à itsme une fois l’application activée. Mais son activation nécessite elle-même itsme ou l’utilisation de l’eID avec un lecteur.

La Belgique multiplie donc les clés numériques, mais pour les obtenir, il faut souvent posséder une autre clé déjà active.

Une carte d’identité NFC qui ne suffit pas

Les cartes d’identité belges récentes disposent d’une technologie permettant leur lecture sans contact par NFC. La majorité des smartphones modernes sont également équipés de cette fonction.

On pourrait donc logiquement imaginer qu’il suffit d’approcher sa carte d’identité du téléphone pour prouver son identité et activer une application officielle.

Cette possibilité existe déjà partiellement. L’application itsme permet notamment d’utiliser le NFC pour mettre à jour les données d’une nouvelle carte d’identité dans un compte déjà actif. Le citoyen peut scanner le code présent sur sa carte, placer celle-ci derrière son smartphone et transmettre les nouvelles informations.

Le problème n’est donc pas l’absence de technologie. La carte possède une puce, le téléphone peut la lire et l’application sait déjà communiquer avec elle. Pourtant, la première activation continue à dépendre d’un lecteur physique ou d’un autre accès numérique préalablement validé.

Le piège de l’application bancaire

Les banques partenaires permettent normalement de créer un compte itsme à partir des données déjà vérifiées lors de l’ouverture du compte bancaire. Cette procédure est pratique pour un client qui utilise déjà son application bancaire.

Mais elle devient beaucoup plus compliquée lorsque cette application n’a jamais été installée, lorsqu’elle a été désactivée ou lorsque la personne change de téléphone.

Le citoyen peut alors se retrouver face à une boucle difficile à comprendre. Il souhaite activer itsme grâce à sa banque, mais il doit d’abord accéder à son application bancaire. Pour activer cette application, il doit utiliser itsme ou ressortir un lecteur de carte bancaire qu’il ne possède peut-être plus.

Le numérique devient obligatoire sans l’être officiellement

La Belgique n’impose pas officiellement à chaque citoyen de posséder itsme ou MyGov.be. Il reste théoriquement possible de contacter une administration par téléphone, de se déplacer dans un guichet ou de demander certains documents sur papier.

Dans la pratique, l’identité numérique est devenue presque incontournable.

Les services administratifs ferment des guichets, réduisent leurs horaires et renvoient de plus en plus souvent vers des plateformes en ligne. Les banques diminuent le nombre d’agences et privilégient leurs applications mobiles. Les mutuelles, les assurances, les hôpitaux et de nombreux services sociaux suivent la même évolution.

Le citoyen qui ne dispose pas d’une clé numérique active n’est pas juridiquement inexistant. Mais il devient administrativement plus lent, plus dépendant et plus difficile à servir.

Les personnes fragilisées sont les premières touchées

Cette situation peut arriver à n’importe qui après la perte d’un portefeuille, le vol d’un téléphone ou le remplacement d’une carte d’identité. Elle touche cependant plus durement les personnes âgées, les citoyens précarisés, les personnes en situation de handicap ou celles qui ont été éloignées du numérique pendant une longue période.

Une hospitalisation, une période sans domicile stable, un séjour à l’étranger ou une situation familiale difficile peuvent suffire à interrompre toute une chaîne d’accès.

Lorsque la personne revient, on lui demande parfois d’utiliser des outils qu’elle n’a jamais activés ou dont elle a perdu les codes. Elle doit comprendre la différence entre une carte eID, itsme, MyGov.be, CSAM, une application bancaire et un lecteur de carte.

On parle alors volontiers de fracture numérique, comme si le problème venait uniquement d’un manque de compétences du citoyen. Mais dans ce cas précis, le citoyen peut parfaitement savoir utiliser un smartphone. Il possède le matériel nécessaire et une carte d’identité valide. C’est l’architecture du système qui l’enferme dans une boucle.

Des solutions existent, mais elles restent peu visibles

La solution la plus rapide consiste souvent à emprunter ou acheter un lecteur de carte. Un lecteur eID USB permet d’utiliser la carte d’identité et son code PIN depuis un ordinateur. Un lecteur bancaire peut également permettre d’activer l’application de la banque ou de confirmer la création d’un compte itsme.

Les citoyens qui ne disposent pas de ce matériel peuvent demander de l’aide dans un Espace public numérique, une Digibank ou certains services communaux. Ces structures proposent généralement un ordinateur, un lecteur de carte et un accompagnement humain.

Il existe également des bureaux locaux d’enregistrement permettant aux personnes qui ne peuvent pas utiliser l’eID ou itsme d’activer d’autres clés numériques. L’identité du citoyen est alors contrôlée physiquement avant la remise d’un code d’activation.

Une véritable procédure de récupération est nécessaire

Un système d’identité numérique ne doit pas seulement être simple à utiliser lorsqu’il fonctionne. Il doit aussi prévoir clairement le retour d’un citoyen qui a perdu tous ses accès.

La possibilité d’activer itsme ou MyGov.be directement avec le NFC de la carte d’identité constituerait une amélioration logique. La technologie existe déjà et permet la lecture sécurisée des nouvelles cartes.

Il reste à mettre en place un processus suffisamment fiable pour une première identification.

Une autre solution serait de proposer un accompagnement clairement identifiable dans chaque commune. Le citoyen devrait pouvoir présenter physiquement sa carte d’identité et repartir avec au moins une clé numérique active, sans devoir comprendre seul les dépendances entre les différents systèmes.

Il faudrait former les Espaces Publics Numérique (EPN) à mieux aider les citoyens dans les démarches et avoir des horaires mieux adaptés !

Quand la simplification devient une nouvelle exclusion

itsme et MyGov.be sont des outils pratiques pour des millions de Belges. Une fois activés, ils permettent d’accomplir rapidement des démarches qui exigeaient autrefois des déplacements et de longues attentes.

Le problème ne vient donc pas de l’existence de ces applications. Il apparaît lorsque l’administration et les entreprises considèrent que tout le monde possède déjà une identité numérique fonctionnelle.

Un système conçu uniquement pour les citoyens déjà connectés finit inévitablement par exclure ceux qui se trouvent momentanément en dehors de celui-ci.

La Belgique a numérisé la porte d’entrée de ses services, mais elle a oublié de laisser une clé facilement accessible à ceux qui sont restés dehors.


Article rédigé par Olivier Wilhelmus le 12 août 2026, créateur du site Informaticien Public
Expert en citoyenneté numérique, cybersécurité et optimisation de la visibilité locale en Belgique.


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