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Pourquoi Apple ne lance-t-il pas certaines nouveautés en Europe ? Découvrez le rôle du DMA, des États membres et les conséquences pour les Belges.

Apple vient de présenter un nouvel appareil connecté qui ne sera pas commercialisé en Belgique ni dans les autres pays de l’Union européenne. En cause : un désaccord autour du Digital Markets Act (DMA), la réglementation européenne destinée à encadrer les géants du numérique. Mais qui est réellement responsable de cette situation ? Et pourquoi une loi censée favoriser la concurrence peut-elle contribuer à retarder l’arrivée de nouvelles technologies ?
Le 13 octobre 2026, Apple a officiellement présenté le HomeView, un nouvel appareil destiné à la maison connectée.
Doté d’un écran tactile de 7 pouces, cet équipement permet de gérer différents appareils domestiques : éclairage, thermostats, serrures connectées, caméras et autres accessoires compatibles.
Il intègre également Siri AI, une nouvelle génération de l’assistant vocal d’Apple, capable d’utiliser l’intelligence artificielle pour répondre à des demandes plus complexes.
L’appareil peut reconnaître les membres d’un foyer grâce à leur visage et adapter les informations affichées à chaque utilisateur.
Commercialisé à partir de 299 dollars aux États-Unis, le HomeView doit arriver sur plusieurs marchés internationaux le 13 novembre 2026.
Mais pas en Belgique. Ni en France, en Allemagne ou dans les autres pays de l’Union européenne.
Apple confirme officiellement que le HomeView ne sera pas vendu dans l’Union européenne, car Siri AI n’est actuellement pas disponible sur iOS dans cette région.
La firme américaine indique poursuivre ses discussions avec les autorités européennes pour trouver une solution.
Pour comprendre cette situation, il faut s’intéresser au Digital Markets Act, plus connu sous l’abréviation DMA.
Cette réglementation européenne a été adoptée en 2022 afin de limiter certaines pratiques anticoncurrentielles des grandes plateformes numériques.
Elle concerne notamment des entreprises comme Apple, Google, Meta, Amazon ou Microsoft, pour les services désignés comme contrôleurs d’accès.
L’objectif est d’éviter que ces entreprises utilisent leur position dominante pour empêcher leurs concurrents d’accéder à certaines fonctionnalités ou à certains marchés.
Prenons un exemple simple.
Lorsqu’un fabricant commercialise un smartphone, il peut être tenté de réserver certaines fonctionnalités avancées à ses propres accessoires et applications.
Le DMA cherche notamment à garantir, dans certaines situations, que les fabricants concurrents puissent bénéficier de possibilités techniques comparables.
Sur le papier, cela doit favoriser la concurrence et offrir davantage de choix aux consommateurs.
Mais dans la pratique, l’application de ces obligations peut soulever des difficultés techniques, économiques et juridiques.
Le nouveau Siri ne se limite plus à répondre à des questions simples ou à lancer une application.
Grâce à l’intelligence artificielle, il peut exploiter davantage de contexte personnel, interagir avec différentes applications et effectuer des actions complexes.
Par exemple, un utilisateur pourrait lui demander de retrouver une information dans ses messages, de consulter son calendrier ou d’organiser certaines tâches personnelles.
Apple considère que certaines obligations européennes d’interopérabilité risquent de compromettre les garanties de confidentialité et de sécurité qu’elle souhaite appliquer à son écosystème.
La Commission européenne défend une position différente : l’ouverture à la concurrence doit pouvoir être organisée sans sacrifier la protection des utilisateurs.
Le désaccord porte donc notamment sur les conditions dans lesquelles des assistants concurrents peuvent accéder à certaines fonctionnalités du système.
Il faut toutefois souligner un point important.
Le DMA n’interdit pas directement la commercialisation du HomeView. Apple a choisi de ne pas lancer l’appareil dans l’Union européenne tant que le problème de disponibilité de Siri AI n’est pas résolu.
Cette distinction est essentielle pour comprendre les responsabilités de chacun.
Lorsqu’une réglementation européenne provoque un désaccord avec une entreprise internationale, il est tentant d’en attribuer la responsabilité à un pays particulier.
Mais le fonctionnement de l’Union européenne est plus complexe.
Le DMA a été proposé par la Commission européenne, puis négocié et adopté par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne, dans lequel siègent les représentants des gouvernements des États membres.
La France n’a donc pas décidé seule de cette réglementation.
En revanche, certains pays ont joué un rôle particulièrement actif dans son élaboration.
En 2021, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas ont présenté une initiative commune demandant de renforcer le projet de Digital Markets Act.
Leur objectif était de rendre la réglementation plus ambitieuse face aux grandes plateformes numériques.
À cette époque, Bruno Le Maire était ministre français de l’Économie, Peter Altmaier occupait cette fonction en Allemagne et Mona Keijzer était secrétaire d’État aux Affaires économiques aux Pays-Bas.
Cette initiative montre que ces trois pays ont effectivement participé à la volonté de renforcer l’encadrement des géants technologiques.
Mais elle ne permet pas d’affirmer que l’un d’entre eux serait individuellement responsable de l’absence du HomeView en Europe.
Autre élément intéressant : ces gouvernements n’étaient pas tous dirigés par des partis de gauche.
La France était gouvernée par Emmanuel Macron, l’Allemagne par une coalition dirigée par Angela Merkel et les Pays-Bas par Mark Rutte, issu du parti libéral VVD.
Le DMA résulte donc d’un consensus politique européen beaucoup plus large que les clivages traditionnels entre la gauche et la droite.
Le 25 novembre 2021, les États membres ont adopté à l’unanimité une position commune au Conseil sur le projet de DMA.
Le règlement a ensuite poursuivi son parcours législatif européen jusqu’à son adoption définitive en 2022.
Il serait donc incorrect de présenter cette réglementation comme une décision imposée uniquement par la France ou par quelques responsables politiques.
En revanche, les gouvernements européens ont collectivement participé à sa mise en place.
Aujourd’hui, la Commission européenne est chargée de veiller à son application auprès des grandes plateformes concernées.
C’est probablement l’aspect le plus intéressant de cette affaire.
Le DMA a été conçu pour améliorer le fonctionnement du marché numérique européen.
Il doit permettre aux entreprises concurrentes d’accéder à certaines fonctionnalités et éviter que les grandes plateformes verrouillent entièrement leurs écosystèmes.
Mais le différend avec Apple illustre un possible effet indésirable : certaines nouveautés peuvent arriver plus tard en Europe que dans d’autres régions du monde.
Un consommateur américain ou britannique pourra prochainement acheter le HomeView.
Un consommateur belge ne disposera pas de cette possibilité lors du lancement.
Pourtant, les utilisateurs européens sont eux aussi concernés par les innovations en intelligence artificielle et en domotique.
Une question se pose donc : une réglementation destinée à offrir davantage de choix aux consommateurs peut-elle parfois produire l’effet inverse ?
Le cas du HomeView montre que ce risque existe, au moins lorsqu’un fabricant choisit de différer la commercialisation d’un produit en raison d’un conflit réglementaire.
Cela ne prouve cependant pas que le DMA soit globalement défavorable aux consommateurs.
Ses effets doivent également être évalués à travers les possibilités nouvelles qu’il apporte aux entreprises concurrentes.
Il serait trop simple d’attribuer toute la responsabilité à l’Union européenne.
Apple contrôle une grande partie de son écosystème matériel et logiciel.
L’entreprise détermine notamment comment ses appareils, ses applications et ses services interagissent.
Elle doit donc également décider comment adapter ses technologies aux différentes réglementations.
Le fait de ne pas commercialiser le HomeView en Europe constitue un choix de l’entreprise, même si ce choix est directement lié à son différend avec les autorités européennes.
D’autres stratégies pourraient théoriquement être envisagées, notamment des fonctionnalités adaptées au marché européen.
Mais elles pourraient nécessiter des développements supplémentaires ou offrir une expérience différente de celle proposée dans les autres pays.
Le problème est donc autant commercial que réglementaire.
L’affaire Apple soulève une question qui dépasse largement la marque américaine.
L’intelligence artificielle transforme progressivement les smartphones, les ordinateurs, les assistants vocaux et les objets connectés.
Ces innovations reposent de plus en plus sur l’exploitation sécurisée de données personnelles et sur les interactions entre différents services.
L’Europe souhaite encadrer ces technologies pour préserver la concurrence et protéger les utilisateurs.
Mais il est également légitime de s’interroger sur les conséquences d’une réglementation lorsque celle-ci contribue à retarder l’accès à certaines nouveautés.
La protection des consommateurs ne devrait pas être évaluée uniquement à travers les obligations imposées aux entreprises.
Elle devrait également prendre en compte l’accès aux produits, leur prix, leur sécurité, la liberté de choix et la qualité des services proposés.
Le cas du HomeView illustre les tensions croissantes entre les grandes entreprises technologiques et les institutions européennes.
D’un côté, l’Union européenne souhaite empêcher les pratiques anticoncurrentielles et garantir une meilleure ouverture des plateformes numériques.
De l’autre, Apple défend son modèle d’intégration entre matériel, logiciels et services, notamment au nom de la confidentialité des données.
Entre les deux, les consommateurs européens se retrouvent privés, au moins temporairement, de certaines nouveautés.
La France, l’Allemagne et les Pays-Bas ont bien participé aux initiatives visant à renforcer le DMA, mais la réglementation résulte d’un processus législatif européen collectif.
Il serait donc réducteur de désigner un seul pays comme responsable.
La question essentielle reste celle des résultats : comment garantir une concurrence équitable sans pénaliser l’accès des Européens aux nouvelles technologies ?
Car une réglementation numérique ne devrait pas seulement être jugée sur ses intentions, mais aussi sur ses conséquences concrètes pour les citoyens.
Et dans le cas du HomeView, une conséquence est déjà visible : les consommateurs belges devront attendre, sans date de commercialisation annoncée.
Article rédigé par Olivier Wilhelmus le 14 octobre 2026,
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