
Lorsqu’une personne est malade ou bien âgée, son rapport au temps et à l’information change profondément. Les journées sont souvent plus longues, l’énergie plus instable, l’isolement parfois plus présent.
Dans ce contexte, les réseaux sociaux deviennent un espace de distraction, de recherche d’informations, voire de réassurance. Le simple fait de faire défiler un fil d’actualité permet de s’occuper l’esprit.
C’est précisément dans cette situation de vulnérabilité que les dérives apparaissent.
Une présence accrue sur les réseaux sociaux liée à la maladie
Être malade signifie souvent passer plus de temps chez soi, avoir des périodes d’inactivité forcée ou des difficultés à maintenir une vie sociale classique. Les réseaux sociaux deviennent alors un réflexe. On scrolle, on lit, on regarde des vidéos, parfois sans objectif précis, simplement pour combler le temps ou tenter de comprendre ce qui nous arrive.
Cette présence accrue n’est ni une faiblesse ni une faute. C’est une conséquence logique de la situation.
Un algorithme qui observe, classe et amplifie
Sur des plateformes comme Facebook, l’algorithme analyse en permanence les comportements : pages suivies, contenus regardés, temps passé sur certains sujets.
Dès qu’un intérêt pour la santé, le handicap ou une pathologie est détecté, le fil d’actualité s’adapte.
Le problème est que cette adaptation ne cherche ni l’équilibre ni la nuance. Elle fonctionne par répétition. Plus un sujet apparaît, plus il est renforcé. La personne se retrouve progressivement enfermée dans un flux quasi exclusif de contenus liés à la maladie, aux troubles ou aux symptômes.
Quand l’information devient enfermement cognitif
À force d’exposition répétée, une confusion s’installe. Ce qui devait être de l’information devient un miroir permanent des inquiétudes. Le cerveau humain finit par associer fréquence et importance. Si un sujet revient sans cesse, il semble forcément central, voire déterminant.
Chez une personne fragilisée, fatiguée ou anxieuse, ce mécanisme peut renforcer l’angoisse, figer l’identité autour de la maladie et empêcher toute prise de recul.
Les publicités médicales frauduleuses, un danger majeur
Dans ce contexte apparaissent des publicités particulièrement problématiques : traitements miracles, compléments prétendument révolutionnaires, solutions rapides et définitives à des problèmes complexes.
Certaines utilisent des techniques de deepfake, mettant en scène de faux discours attribués à des médecins connus, comme Didier Raoult. Les voix sont souvent légèrement métalliques, les intonations artificielles, les propos simplifiés à l’extrême. Pour renforcer la crédibilité, ces contenus détournent parfois des images ou des extraits de médias reconnus, comme la RTBF, sans aucun lien réel avec eux.
Pour une personne informée et en bonne santé, ces signaux peuvent suffire à éveiller la méfiance.
Pour une personne malade, fatiguée en recherche d’espoir, ils peuvent au contraire être perçus comme une opportunité, voire une solution.
De la manipulation psychologique à l’arnaque financière
La transition est rapide. Après la promesse vient l’achat. Dans certains cas, le produit n’est jamais livré. Dans d’autres, des formulaires frauduleux permettent de récupérer des données bancaires. Les conséquences peuvent être lourdes : comptes vidés, pertes financières importantes, sentiment de honte, peur de signaler l’arnaque ou de porter plainte.
La maladie devient alors une double peine : souffrance personnelle et préjudice financier.
La responsabilité des plateformes numériques
Le cœur du problème ne réside pas uniquement dans l’existence de ces arnaques, mais dans leur diffusion ciblée et répétée. Les plateformes disposent de moyens techniques avancés pour détecter les deepfakes, analyser les campagnes frauduleuses et limiter leur propagation.
Lorsqu’un système continue d’exposer massivement des personnes vulnérables à ce type de contenus, il ne s’agit plus d’un simple dysfonctionnement, mais d’un problème de responsabilité.
Une personne malade n’est pas une cible marketing. C’est une personne à protéger.
Informer sans enfermer, protéger sans exploiter
Parler de santé, de handicap ou de troubles invisibles est nécessaire et légitime. Mais informer ne signifie pas marteler. Sensibiliser ne signifie pas enfermer. Exposer en continu des personnes fragiles à des contenus anxiogènes ou frauduleux n’a rien de social ni de responsable.
Les réseaux sociaux devraient accompagner, pas accentuer la détresse.
Conclusion
Les personnes malades passent souvent plus de temps sur les réseaux sociaux, non par faiblesse, mais par nécessité ou par isolement. Cette réalité impose une vigilance accrue, tant de la part des plateformes que des institutions et des citoyens.
Protéger les plus vulnérables, ce n’est pas leur vendre des miracles.
C’est leur éviter d’être exploités.