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Iran : la guerre numérique a-t-elle déjà commencé ?

La guerre ne se joue plus uniquement avec des missiles et des soldats. Cyberattaques, espionnage et sabotage font désormais partie des conflits modernes. L’Iran compte parmi les acteurs surveillés dans le cyberespace. Mais une attaque provenant d’une IP iranienne est-elle forcément liée à l’État ? Décryptage d’une guerre invisible qui se déroule aussi derrière nos écrans.

Iran : la guerre numérique a-t-elle déjà commencé ?

Les guerres ne se déroulent plus uniquement avec des soldats, des avions, des missiles ou des chars. Depuis plusieurs années, un autre champ de bataille prend de l’importance : Internet.

Cyberattaques, espionnage informatique, sabotage, vol de données, désinformation ou attaques contre des infrastructures peuvent désormais accompagner les tensions entre États.

Et parmi les pays régulièrement associés à ce type d’opérations figure l’Iran.

Mais jusqu’où va réellement cette guerre numérique ? Et surtout, lorsque nous voyons une attaque provenant d’une adresse IP iranienne sur un simple site WordPress, que pouvons-nous réellement en déduire ?

Quand Wordfence affiche l’Iran en première position

Tout est parti d’une constatation très simple.

En consultant les statistiques de sécurité Wordfence d’un de mes sites WordPress, une adresse IP géolocalisée en Iran apparaissait en tête des adresses bloquées, avec près de 400 blocages.

À première vue, c’est impressionnant.

Mais il serait beaucoup trop rapide d’en conclure :

« L’Iran attaque mon site Internet. »

Une adresse IP située en Iran ne signifie absolument pas que le gouvernement iranien se trouve derrière l’activité détectée.

Le serveur peut appartenir à un particulier, être loué par un cybercriminel, faire partie d’un réseau de machines compromises ou simplement exécuter un robot qui recherche automatiquement des sites WordPress vulnérables.

Et ma propre capture Wordfence donne d’ailleurs un excellent exemple de cette prudence nécessaire.

On y retrouve également plusieurs centaines de blocages provenant d’adresses IP situées aux Pays-Bas et en Bulgarie.

Cela ressemble donc avant tout à ce que connaissent quotidiennement énormément de sites Internet : des robots qui parcourent le Web à la recherche de la moindre porte laissée ouverte.

Votre site WordPress est probablement scanné sans que vous le sachiez

Un petit site Internet n’a pas besoin d’être célèbre pour être attaqué.

C’est une erreur fréquente :

« Pourquoi quelqu’un voudrait-il pirater mon petit site ? »

Dans énormément de cas, personne ne vous a personnellement choisi.

Des programmes automatisés parcourent des milliers ou des millions d’adresses Internet. Ils cherchent des installations WordPress, testent certaines pages de connexion, recherchent des extensions vulnérables et essayent parfois différentes combinaisons d’identifiants.

Ils peuvent également chercher une ancienne version d’un plugin contenant une vulnérabilité connue.

Le propriétaire du site n’est donc pas nécessairement la cible. WordPress est la cible.

C’est justement pour cela qu’un outil de sécurité comme Wordfence peut afficher autant de tentatives bloquées alors que votre site ne semble présenter aucun intérêt particulier pour un pirate.

Mais la menace cyber iranienne, elle, existe réellement

Il faut cependant distinguer ces attaques automatisées ordinaires d’un phénomène beaucoup plus important : les opérations informatiques liées à des États.

L’Iran possède depuis longtemps des capacités dans ce domaine et plusieurs groupes associés ou liés aux intérêts iraniens sont surveillés par les autorités et les entreprises spécialisées en cybersécurité.

Les objectifs deviennent alors très différents du pirate qui souhaite simplement récupérer quelques mots de passe.

Il peut s’agir d’espionnage, de collecte d’informations, de perturbation de services, de campagnes d’influence ou d’opérations destinées à déstabiliser un adversaire.

Dans ce cas, l’ordinateur devient véritablement une arme.

Une cyberattaque peut provoquer des dégâts dans le monde réel

C’est probablement l’aspect le plus inquiétant de cette évolution.

Pendant longtemps, le piratage informatique était principalement associé dans l’imaginaire collectif au vol d’un mot de passe, d’une carte bancaire ou d’une base de données.

Aujourd’hui, nos sociétés sont beaucoup plus dépendantes de systèmes informatiques.

Les hôpitaux, administrations, banques, entreprises, télécommunications, transports, installations industrielles et infrastructures énergétiques utilisent tous des réseaux informatiques.

Attaquer certains de ces systèmes peut donc avoir des conséquences bien au-delà d’un écran affichant un message d’erreur.

Une guerre numérique peut chercher à perturber le fonctionnement même d’un pays.

Le problème de l’attribution

Il existe cependant une énorme différence entre une attaque informatique et une attaque militaire traditionnelle.

Lorsqu’un missile est lancé, il existe généralement de nombreux moyens d’étudier son origine.

Sur Internet, les choses sont beaucoup plus compliquées.

Un pirate situé dans un pays peut utiliser un serveur situé dans un deuxième pays pour attaquer une cible située dans un troisième.

Une machine utilisée pour une attaque peut également avoir été piratée auparavant.

L’adresse IP visible dans les journaux du serveur indique donc généralement d’où arrive la connexion, mais pas nécessairement qui se trouve réellement derrière.

C’est précisément pour cette raison qu’il faut être extrêmement prudent avant d’attribuer une cyberattaque à un pays.

Les spécialistes utilisent beaucoup plus d’éléments : techniques employées, infrastructures utilisées, logiciels malveillants, cibles choisies, comportements observés et renseignements accumulés lors d’opérations précédentes.

La Belgique pourrait-elle être concernée ?

Bien entendu.

Pas parce que chaque serveur iranien qui scanne un site belge représente une opération contre la Belgique, mais simplement parce que notre pays possède lui aussi des infrastructures importantes et qu’il appartient à l’Union européenne et à l’OTAN.

La Belgique accueille également de nombreuses institutions européennes et internationales.

Dans un contexte de tensions internationales, la cybersécurité devient donc un élément de la sécurité nationale.

Et cela concerne indirectement tout le monde.

Une entreprise, une administration ou même un particulier peut parfois devenir une porte d’entrée vers quelque chose de beaucoup plus intéressant.

La cybersécurité devient une forme de défense

C’est là que la notion de cybersécurité prend une autre dimension.

Mettre WordPress à jour, installer correctement ses protections, utiliser des mots de passe uniques, activer l’authentification à deux facteurs ou surveiller les connexions suspectes peut sembler très éloigné des grandes questions géopolitiques.

Pourtant, le principe reste identique : réduire les possibilités offertes à celui qui cherche à pénétrer dans un système informatique.

À l’échelle d’un particulier, on protège ses comptes.

À l’échelle d’une entreprise, on protège ses données et son activité.

À l’échelle d’un État, on protège des administrations, des communications et parfois des infrastructures essentielles.

La cybersécurité est donc progressivement devenue une véritable composante de la défense.

La guerre numérique a déjà commencé

La question posée dans le titre possède finalement une réponse assez claire.

Oui, la guerre numérique existe déjà.

Elle ne remplace pas les conflits traditionnels. Elle vient s’y ajouter.

Des États espionnent leurs adversaires, des groupes de hackers soutiennent certaines causes politiques, des infrastructures sont sondées et des campagnes numériques accompagnent désormais les tensions géopolitiques.

L’Iran n’est d’ailleurs évidemment pas le seul acteur. La Russie, la Chine, la Corée du Nord, les États-Unis, Israël et de nombreux autres pays disposent eux aussi de capacités cyber importantes.

Mais il faut conserver une distinction essentielle.

Voir « Iran » dans Wordfence ne signifie pas que l’Iran vous attaque.

C’est même probablement simplement un robot qui cherche une vulnérabilité WordPress parmi des milliers d’autres sites.

En revanche, voir quotidiennement autant de machines essayer de pénétrer des systèmes informatiques nous rappelle quelque chose de beaucoup plus concret :

Internet n’est plus seulement un outil de communication. C’est également devenu un territoire à défendre.


Article rédigé par Olivier Wilhelmus le 31 août 2026, créateur du site Informaticien Public (informaticien-public.be).
Expert en citoyenneté numérique, cybersécurité et optimisation de la visibilité locale en Belgique.


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