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Citoyenneté Numérique & Cybersécurité

Fuites de données de santé : comprendre les risques

Une récente fuite de données médicales en France a ravivé les inquiétudes autour de la cybersécurité en santé. Décryptage clair des risques réels et explication de pourquoi la Belgique dispose d’un cadre globalement plus solide.

Fuites de données de santé

Une fuite en France qui interroge toute l’Europe

Plus de 150 000 dossiers de patients ont récemment été publiés sur un forum cybercriminel à la suite d’un incident impliquant des structures médicales françaises. Rapidement, certaines plateformes de prise de rendez-vous ont été citées, alimentant une confusion compréhensible mais techniquement inexacte.

Il est important de poser les bases clairement :
la fuite ne provient pas d’une plateforme centrale, mais des systèmes informatiques internes des établissements concernés.

Le rôle réel des plateformes de rendez-vous

Des services comme Doctolib jouent un rôle d’intermédiaire. Lorsqu’un patient prend rendez-vous, certaines informations sont transmises à l’établissement de santé afin d’assurer la prise en charge administrative et médicale.

La confusion vient souvent du fait que le nom le plus connu est aussi le plus visible.

Les structures réellement touchées par l’incident

Dans le cas récent ayant déclenché de nombreuses réactions, deux structures françaises ont été identifiées comme sources de la fuite :

  • Hôpital privé Miotte à Belfort, avec plus de 100 000 dossiers concernés
  • Cabinet d’ophtalmologie de Sallanches, avec près de 50 000 dossiers

Les données ont été exfiltrées depuis les systèmes internes ou leurs environnements techniques, et non depuis un service de prise de rendez-vous externe.

Pourquoi ces données sont particulièrement sensibles

Les informations exposées incluent notamment :

  • identité complète
  • date de naissance
  • coordonnées (téléphone, email, adresse)
  • lien avec un établissement de santé

Dans le domaine de la santé, la confiance des patients est un facteur aggravant. Les messages frauduleux sont plus facilement pris au sérieux lorsqu’ils semblent provenir d’un acteur médical.

Le vrai enjeu : la chaîne numérique de bout en bout

La question centrale n’est donc pas « quel outil a été piraté », mais où se situe le maillon faible.

Dans la pratique, de nombreuses structures médicales reposent sur :

  • des logiciels métiers parfois anciens
  • des prestataires IT externes de niveaux très variables
  • peu de segmentation réseau
  • une supervision limitée
  • des sauvegardes mal isolées
  • des procédures de gestion de crise inexistantes ou non testées

Même lorsqu’une plateforme centrale est robuste, une seule faille périphérique suffit à exposer des milliers de patients.

Focus Belgique : un cadre plus structuré et plus cohérent

Puisque informaticien-public.be s’adresse avant tout à un public belge, il est essentiel de contextualiser.

La centralisation via eHealth, combinée à des obligations strictes issues du RGPD, permet une meilleure traçabilité des accès, une gouvernance plus claire et une capacité de réaction plus rapide en cas d’incident.

Ce que la Belgique fait mieux, sans prétendre à l’invulnérabilité

Il est raisonnable d’affirmer que :

  • les flux de données de santé sont mieux encadrés
  • les accès sont généralement authentifiés et journalisés
  • l’hébergement est majoritairement européen
  • les incidents sérieux doivent être déclarés et traités

Cependant, aucun système n’est totalement invulnérable. Les risques persistent, en particulier :

  • dans les petits cabinets
  • chez certains prestataires sous-traitants
  • via le facteur humain (phishing, erreurs de configuration, mots de passe faibles)

La cybersécurité n’est jamais un état définitif, mais un niveau de maturité à maintenir dans le temps.

Pourquoi ces incidents vont continuer à se produire

Les attaquants ciblent de moins en moins les grandes plateformes très protégées. Ils privilégient :

  • les structures de taille moyenne
  • les cabinets spécialisés
  • les prestataires techniques insuffisamment sécurisés

La logique est simple : même valeur de données, moins de défenses.

Ce qu’il faut retenir

Une fuite de données de santé ne signifie pas automatiquement qu’une plateforme centrale a été compromise.
Elle révèle surtout les faiblesses possibles dans la chaîne numérique globale.

En Belgique, le cadre est plus cohérent et plus encadré, ce qui limite les risques systémiques. Cela ne dispense toutefois ni les structures médicales ni leurs prestataires d’une vigilance permanente.

La question essentielle pour les structures de santé

Si demain un incident survient :

  • qui le détecte
  • qui décide des actions à mener
  • qui communique
  • dans quels délais

Dans trop de structures, ces réponses restent floues. Et c’est précisément à ce moment-là que le risque devient juridique, financier et réputationnel, bien au-delà de la simple question technique.

Détecter une faille, une compromission ou un comportement anormal ne relève pas du hasard. Cela nécessite des compétences spécifiques, des méthodes encadrées et une capacité d’analyse que peu de structures possèdent en interne.

C’est aussi pour cette raison que le hacking éthique joue un rôle clé dans la prévention. Depuis 2023, cette pratique est légalement encadrée en Belgique, permettant à des professionnels autorisés de tester les systèmes, d’identifier les failles réelles et de les corriger avant qu’elles ne soient exploitées par des acteurs malveillants.

Pour comprendre qui est réellement habilité à détecter ces problèmes, dans quel cadre légal, et pourquoi le hacking éthique est devenu un outil indispensable de la cybersécurité moderne en Belgique, vous pouvez consulter ce lien :
https://informaticien-public.be/hacking-ethique-belgique-legal-2023/