Phishing et fracture numérique : quand les faux mails deviennent presque impossibles à reconnaître
Les faux mails deviennent de plus en plus crédibles. Un phishing imitant le SPF Finances montre pourquoi la…
Une fausse publicité utilise Raoul Hedebouw et Le Soir pour promouvoir une arnaque. Analyse du domaine, du serveur et des moyens pour agir.

Depuis plusieurs semaines, une publicité sponsorisée circule sur Facebook en utilisant l’image de Raoul Hedebouw et celle de Marc Coucke. L’annonce donne l’impression de renvoyer vers un article du journal Le Soir.
Le titre est volontairement spectaculaire : Raoul Hedebouw aurait « humilié » Marc Coucke en direct à la télévision en révélant une méthode permettant de gagner de l’argent.

Évidemment, tout est faux.
Raoul Hedebouw n’est pas à l’origine de cette publicité et son image est utilisée à son insu. Le véritable objectif est d’attirer des internautes vers une arnaque liée à l’investissement.
Mais plutôt que de simplement signaler cette publicité comme frauduleuse, j’ai voulu regarder ce qui se cachait derrière.
Et quelques minutes suffisent déjà pour remonter une partie de son infrastructure.
Cette arnaque est particulièrement vicieuse parce qu’elle utilise plusieurs éléments rassurants pour un internaute belge.
Il y a d’abord Raoul Hedebouw. Une personne qui apprécie le président du PTB et ses idées peut naturellement lui accorder une certaine confiance.
Il y a ensuite Marc Coucke, personnalité belge immédiatement associée au monde des affaires et à la réussite financière.
Et enfin, il y a Le Soir, l’un des journaux les plus connus du pays.

L’escroc ne demande donc pas immédiatement à sa victime de faire confiance à une obscure société d’investissement. Il commence par emprunter la crédibilité de personnalités et d’un média que la victime connaît déjà.
La FSMA connaît parfaitement cette technique. L’Autorité des services et marchés financiers explique que les plateformes frauduleuses utilisent notamment de fausses publicités sur les réseaux sociaux dans lesquelles l’identité de personnes connues est utilisée à leur insu. Après le clic et la transmission des coordonnées, les victimes sont généralement contactées par des escrocs qui leur proposent un investissement.

En cliquant sur la publicité que j’ai rencontrée sur Facebook, je n’arrive évidemment pas sur le véritable site du journal.
Le domaine utilisé est :
lisoironlino.top
Pour un utilisateur qui regarde essentiellement le contenu de la page et reconnaît le logo, les couleurs, la mise en page et les personnalités présentes, la supercherie peut malheureusement fonctionner.
Le faux article reprend l’apparence d’un véritable média et présente une histoire suffisamment sensationnelle pour pousser le lecteur à poursuivre sa lecture.
C’est précisément le moment où il faut adopter un réflexe extrêmement simple : regarder l’adresse affichée dans son navigateur.
Un logo peut être copié. Une photographie peut être volée. La mise en page d’un journal peut être imitée.
L’adresse du site, elle, permet immédiatement de constater que nous ne sommes pas sur le véritable site du média.
Un autre détail m’a intrigué.
Lorsque l’on saisit simplement le nom de domaine lisoironlino.top dans le navigateur, aucune véritable page d’accueil n’apparaît.
On obtient une page blanche.
En revanche, le lien provenant de la publicité utilise une adresse beaucoup plus longue passant notamment par /click et contenant de nombreux paramètres liés à la campagne publicitaire.
On y retrouve notamment des identifiants correspondant à la publicité, à l’ensemble publicitaire et à la campagne.
Cette différence est importante.
Le domaine ne semble pas avoir été conçu comme un véritable site destiné à être visité normalement. Il sert de support au parcours publicitaire menant vers le contenu frauduleux.
Une page blanche à la racine ne signifie donc absolument pas que l’arnaque a disparu.
À partir du domaine, il est possible d’aller un peu plus loin sans pirater quoi que ce soit.
Une recherche DNS permet de retrouver l’adresse IP utilisée par le serveur au moment de la vérification.
Dans le cas observé le 21 août 2026, mes recherches ont conduit à l’adresse :
185.7.78.10
Une consultation des informations publiques du RIPE permet ensuite d’identifier la plage réseau 185.7.78.0 – 185.7.78.255 et de retrouver l’opérateur associé à cette infrastructure.


Les informations consultées renvoient à NForce Internet Services / NForce Entertainment, aux Pays-Bas.
Plus intéressant encore : les données RIPE fournissent un contact destiné précisément aux signalements d’abus sur cette plage réseau.
Nous sommes donc partis d’une publicité Facebook et, uniquement grâce à des informations publiques, nous sommes arrivés jusqu’à l’infrastructure hébergeant le contenu et au canal permettant de signaler un abus.

Cela ne permet évidemment pas d’affirmer qui se trouve derrière l’arnaque. Une adresse IP identifie ici une infrastructure, pas nécessairement l’individu qui exploite la fraude.
C’est probablement la question qui me dérange le plus dans cette affaire.
Raoul Hedebouw a publiquement averti que son image était utilisée dans ce type d’arnaque. C’est évidemment une bonne chose.
Mais avertir son audience ne règle qu’une partie du problème.
La personne qui verra son avertissement sera peut-être protégée. Celle qui ne le suit pas sur Facebook pourra continuer à tomber sur la publicité frauduleuse.
Lorsqu’une personnalité ou un média constate une usurpation de cette ampleur, il existe d’autres moyens d’action.
Il est possible de conserver les URL et les captures d’écran, de documenter la campagne publicitaire, de signaler l’annonce à Meta, d’identifier le registrar et l’infrastructure d’hébergement, de contacter les services chargés des abus et de déposer plainte auprès de la police.
Un numéro de procès-verbal et un dossier documentant précisément l’usurpation peuvent également accompagner un signalement adressé aux prestataires concernés.
Cela ne garantit évidemment pas qu’un domaine ou un serveur sera immédiatement coupé. Mais cela permet d’agir directement sur l’infrastructure utilisée par les fraudeurs plutôt que de simplement prévenir les internautes.
La FSMA recommande d’ailleurs aux victimes d’une fraude financière de conserver les preuves, notamment les communications et captures d’écran, de signaler la fraude aux autorités compétentes et de déposer plainte auprès de la police.
Pourquoi insister autant ?
Parce que derrière cette publicité, il peut y avoir de véritables victimes.
Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas nécessairement de personnes totalement étrangères à Internet.
La FSMA indiquait déjà que les Belges âgés de 40 à 70 ans étaient les plus souvent victimes de fraudes à l’investissement en ligne. L’autorité expliquait notamment que cette tranche d’âge dispose généralement de davantage de moyens financiers.
Imaginez maintenant une personne de 65 ou 70 ans.
Elle utilise Facebook quotidiennement. Elle connaît Raoul Hedebouw. Elle apprécie éventuellement ses idées. Elle connaît Marc Coucke. Elle connaît évidemment Le Soir.
Facebook lui présente une publicité sponsorisée.
Elle clique.
Elle reconnaît le logo du journal et les personnalités belges.
Tout est précisément construit pour désactiver sa méfiance.
Et c’est là que l’arnaque devient dangereuse.
La FSMA a même schématisé ce scénario : fausse publicité sponsorisée sur les réseaux sociaux, faux site d’information avec fausse interview d’une célébrité, formulaire de contact, appel d’un prétendu expert puis premier investissement.
Il ne faut toutefois pas être naïf.
Même si l’hébergement de lisoironlino.top était suspendu demain, les fraudeurs pourraient enregistrer un nouveau domaine, louer un autre serveur et lancer une nouvelle campagne.
C’est le jeu du chat et de la souris.
Mais chaque nouvelle infrastructure laisse également de nouvelles traces : domaine, DNS, adresse IP, hébergeur, campagne publicitaire, comptes utilisés et autres informations techniques accessibles aux différents intermédiaires.
Faire fermer un site ne détruit donc probablement pas le réseau qui se trouve derrière.
Mais cela augmente son coût, perturbe ses campagnes et oblige ses opérateurs à recommencer.
Et à force de recommencer, une erreur peut être commise.
Il serait également injuste de transformer cette affaire en question politique.
Aujourd’hui, l’image utilisée est celle de Raoul Hedebouw. Demain, ce pourrait être celle d’un ministre, d’un entrepreneur, d’un journaliste ou d’une personnalité de télévision.
Le mécanisme reste exactement le même.
Les fraudeurs cherchent une personne bénéficiant de la confiance d’un public déterminé et utilisent cette confiance comme outil d’ingénierie sociale.
Le problème n’est donc pas de savoir si l’on apprécie ou non Raoul Hedebouw.
Le problème est que son image et sa crédibilité sont utilisées à son insu pour essayer de voler de l’argent à des citoyens.
Publier un avertissement sur Facebook est utile.
Mais lorsque l’arnaque continue à être diffusée pendant des semaines ou des mois, il devient légitime de se demander si tous les moyens disponibles sont réellement utilisés pour tenter de perturber sa diffusion.
Dans le cas présenté ici, quelques recherches réalisées uniquement à partir d’informations publiques ont permis de passer d’une publicité Facebook à un domaine, puis à une adresse IP, à un opérateur réseau et finalement à un contact permettant de signaler l’abus.
Je ne suis ni Raoul Hedebouw, ni Le Soir. Ce n’est donc pas à moi de déposer plainte ou d’entreprendre les démarches en leur nom.
Mais cette petite enquête permet au moins de montrer une chose :
face à une arnaque sur Internet, il ne faut pas seulement regarder ce que les escrocs montrent. Il faut aussi regarder l’infrastructure qu’ils utilisent.
Et surtout, ne faisons pas l’erreur de penser que les victimes sont forcément naïves.
Ces arnaques sont précisément conçues pour exploiter quelque chose que nous utilisons tous quotidiennement sur Internet : la confiance.
Article rédigé par Olivier Wilhelmus le 21 août 2026,
créateur du site Informaticien Public
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